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« OBLIGER LES CANDIDATS A CHERCHER DES SOLUTIONS AUX PROBLEMES
DE LARMENIE ».Quinzième anniversaire de lindépendance,
conférence « Arménie-Diaspora », visite
de Chirac, crise russo-géorgienne et conflit du Karabagh,
lagenda de la diplomatie arménienne du mois de septembre
a été particulièrement chargé. Alors
que des rumeurs courent à Erevan quant à sa possible
candidature aux présidentielles de 2008, Vartan Oskanian
revient sur cette actualité brûlante. Après
huit ans passés à la tête du Ministère
des Affaires étrangères, il livre également
quelques informations quant à ses ambitions personnelles.
France-Arménie : Larrestation par les autorités
géorgiennes de quatre officiers russes accusés despionnage
vient denvenimer les relations entre Moscou et Tbilissi. Déjà,
depuis le 8 juillet, la frontière terrestre entre ces deux
pays était fermée. Jusquà quelle point
ces crises répétitives entre la Géorgie et
la Russie peuvent-elles nuire à lArménie ?
Vartan Oskanian : Il ny a aucun doute que le conflit entre
la Russie et la Géorgie a des conséquences négatives
pour lArménie, à la fois sur le plan politique
et économique. La fermeture des frontières entre ces
deux pays a pour effet de nous priver de toute voie de communications
terrestres et maritimes vers la Russie. Aussi, sommes-nous très
préoccupés par ces événements.
En ce qui concerne les derniers développements de cette affaire
[Ndlr : despionnage], nous considérons quils
relèvent dun problème dans les relations entre
la Russie et la Géorgie. Mais, les tensions nétant
profitables pour personne, nous espérons que ces deux Etats
régleront leurs différends au plus vite.
FA : Pour la première fois un Président français
sest rendu en Arménie. Que représente cet événement
?
VO : Cette visite est dabord historique. Au cours de ces
quinze dernières années, les relations entre Erevan
et Paris ont connu une croissance dynamique. La France a apporté
une aide importante au développement et à la consolidation
de lEtat arménien. Aussi est-elle très appréciée
ici tant pour son action dans le domaine politique et économique
que pour ses initiatives dans le secteur de lenseignement
et de la culture. Cette visite est la meilleure manifestation de
lamitié qui lie nos deux pays.
FA : La visite de M. Chirac marque-t-elle un changement de la politique
de la France dans la région ?
VO : Je ne pense pas quil y ait un changement de la politique
de la France. Celle-ci a toujours été active dans
le Caucase. Nous avons besoin dune France qui, ayant un point
de vue équitable en ce qui concerne les conflits existant
dans la région, puisse exprimer des jugements intelligibles
pour toutes les parties. Mais en même temps, il est vrai quil
existe des préjugés favorables dans les relations
entre nos deux pays. Ils concernent surtout lamitié
et les liens historiques qui nous unissent, notre proximité
culturelle, le rôle de la Diaspora arménienne en France
ou laide apportée par la diplomatie française
à lintégration de lArménie dans
les institutions européennes.
FA : Le 27 septembre, le Parlement européen a adopté
une résolution très critique à légard
de la Turquie. Mais le texte ne mentionne pas explicitement le Génocide
arménien. Sagit-il dune défaite pour les
acteurs de la Cause arménienne ?
VO : Cette décision du Parlement européen est une
bonne décision. Nous lapprécions positivement.
Le fait que la reconnaissance du Génocide comme condition
préalable à lentrée de la Turquie dans
lUnion européenne ait été supprimée
du rapport ne doit pas être considéré comme
un élément dépréciatif pour lArménie.
Et ceci, dabord, parce que le lien entre la reconnaissance
du Génocide et lentrée de la Turquie dans lUE
existe peut-être. Si la version préparatoire avait
été conservée, nous aurions considéré
ce rapport comme « idéal ». Aujourdhui,
celui-ci est certes en dessous de l« idéal »,
mais il nen conserve pas moins une réelle et sérieuse
valeur politique. Si le texte affirme que le problème du
Génocide ne relève pas des critères de Copenhague,
il indique en revanche que si la Turquie veut devenir membre de
lUE, alors elle doit obligatoirement se réconcilier
avec son passé. Cela signifie que le Parlement appelle la
Turquie à reconnaître le Génocide. Ce rapport
est également important car il impose comme condition à
ladhésion louverture des frontières entre
lArménie et la Turquie. La Turquie doit ouvrir ses
frontières avec lArménie le plus vite possible
si elle souhaite pouvoir poser sa candidature dans les délais.
FA : Le 2 octobre dernier, la Troïka de lUnion européenne
a approuvé le programme proposé par lArménie
dans le cadre de la « Politique de nouveau voisinage ».
Quelle importance doit-on accorder à cet événement
?
VO : LArménie a été incluse dans ce
programme en 2004 en même temps que dautres pays du
Caucase du Sud. La « Politique de voisinage » nous offre
la possibilité de mettre en uvre des réformes
dans tous les secteurs avec le soutien de lUE. Cela permettra
à lArménie détablir des relations
plus étroites avec lEurope dans les domaines politique,
commercial, économique, scientifique, éducatif ou
culturel. Au niveau régional, cette sorte de partenariat
ouvre des perspectives pour le règlement des conflits, pour
la coopération frontalière et pour les transports
et lénergie.
Cette année, nous avons beaucoup travaillé sur ces
documents. On y trouve les exigences de Bruxelles à notre
égard et nos souhaits en ce qui concerne le développement
de nos relations avec lUE. Cest un bon rapport, assez
intéressant. Et nous sommes très contents de la perspective
de la signature prochaine dun accord. La principale différence
avec les versions précédentes, cest que cette
fois-ci, le texte évoque un réel projet dintégration.
Lorsque les discussions auront abouti, je crois que les relations
entre lArménie et lUE seront dune toute
autre qualité.
FA : LArménie a fêté cette année
ses quinze ans dindépendance. Comment réagissez-vous
à cet événement ?
VO : Quinze ans, cest un événement historique.
Dans notre histoire récente, nous navons jamais eu
quinze ans dindépendance. Ce quinzième anniversaire
a été loccasion dune rencontre avec la
diaspora qui a permis de dresser un bilan de nos relations. Ce que
nous avons réalisé jusquici nous donne lespoir
de pouvoir faire davantage demain. Nous pensons quau cours
de ces quinze ans, des bases assez solides ont été
jetées pour le développement dune Arménie
prospère. Jespère que les décisions qui
ont été prises au cours de la troisième conférence
« Arménie-Diaspora » serviront de base à
ce projet davenir.
FA : Justement, la troisième conférence « Arménie-Diaspora
» a été loccasion du lancement dun
projet déradication de la pauvreté dans les
milieux ruraux. Quelles sont les grandes lignes de ce programme
?
VO : Aujourdhui, la pauvreté dans les régions
rurales et leurs différences de développement par
rapport à Erevan sont des problèmes fondamentaux que
nous devons absolument résoudre. Cest pourquoi nous
avons décidé de mettre cette question au cur
de notre agenda. Et lors de la conférence, la Diaspora a
très bien reçu ce projet. Le programme vise à
créer des infrastructures dans les milieux ruraux. Si nous
réussissons à franchir sa première étape,
je pense que cela suscitera de lenthousiasme à la fois
en Arménie, en Artsakh et dans la Diaspora. Je crois réellement
que nous arriverons dans les dix ans à venir à élever
le niveau des campagnes vers celui des villes de façon à
assurer un développement égal à toute lArménie.
FA : Quelles garanties peut donner le gouvernement arménien
en ce qui concerne la corruption ?
VO : Bien sûr, la corruption est une difficulté en
Arménie. Cest un obstacle sérieux aux relations
avec la diaspora ainsi quau développement rapide de
notre économie. Aussi cette question doit-elle être
au centre de nos préoccupations. En ce qui concerne le projet
de lutte contre la pauvreté, nous limiterons considérablement
les risques en mettant en place des instances de contrôle
en concertation avec la diaspora.
FA : LArménie ne semble pas avoir une réelle
politique vis-à-vis des petits agriculteurs, préférant
apporter un soutien aux grands propriétaires. Quelles garanties
les petits exploitants pourront-ils avoir que les investissements
réalisées ne profiteront pas quaux gros ?
VO : Cest un problème économique sérieux.
Aujourdhui, lArménie a une économie libérale.
Mais, il est vrai quil existe des privilèges, nous
ne pouvons le nier. Certains milieux disposent davantages
qui gênent le développement du petit commerce. Mais
je crois que cest une question qui peut-être résolue.
FA : A propos du conflit du Karabagh, peut-on espérer la
tenue prochaine dun sommet Aliev-Kotcharian ?
VO : Il est trop tôt pour parler dun sommet. Il faut
dabord mener un travail préparatoire dans le cadre
de rencontres entre ministres des Affaires étrangères.
Et pour que ces rencontres aient lieu, il faut envisager des actions
particulières. Ces derniers temps, lAzerbaïdjan
a voulu porter la question du Karabagh devant lONU. Cest
pourquoi le processus dans lequel nous étions engagés
a dune certaine façon été stoppé.
Nous cherchons aujourdhui à le ramener dans la bonne
direction. Les représentants de la Troïka du groupe
de Minsk effectueront prochainement une nouvelle tournée
en Arménie, en Azerbaïdjan et au Karabagh afin dapprécier
la nouvelle situation. Si les choses reprennent leur cours normal,
je pense quil sera possible dorganiser une rencontre
des chefs de la diplomatie dans un avenir proche (1). Pour ensuite
décider si cela vaut la peine dorganiser un sommet
entre les Présidents.
FA : Dans son interview à Hayastani Hanrabédoutioun,
le président Chirac insiste sur le rôle que pourrait
jouer le G8 pour garantir un accord sur le Karabagh. Est-ce une
nouveauté ?
VO : Non pas vraiment. Il y a eu par le passé dautres
déclarations semblables. Mais nous apprécions ce rappel.
Plus la question du Karabagh est au centre des préoccupations
des Grandes Puissances, plus cela oblige les parties à chercher
une solution au conflit évitant une reprise des hostilités.
Bien sûr, il aurait été utile que nous soyons
arrivés à un accord avant la réunion du G8
qui sest tenue à Saint-Petersbourg en juillet. Mais
cela na pas été le cas pour différentes
raisons. Quoi quil en soit, un document est maintenant sur
la table. Cela nous donne lespoir de pouvoir mener jusquà
son terme le travail complémentaire nécessaire. Si
lAzerbaïdjan revient à la table des négociations,
sans biaiser et sans chercher à sortir du cadre des discussions
actuelles, je crois que nous pourrons aboutir.
FA : Beaucoup dobservateurs ont jugé que votre discours
lors de la troisième réunion « Arménie-Diaspora
» ressemblait à une déclaration de candidature
pour la présidentielle de 2008. On sait que vous vous refusez
pour linstant de vous déclarer. Mais de quoi dépendrait
votre candidature ?
VO : Franchement, je ne pense pas à cela. Mon intervention
à cette réunion était conforme à lesprit
de mes allocutions précédentes. Il ny avait
là rien de nouveau. Jai déjà eu loccasion
de dire quil ne fallait pas se concentrer sur les individus
mais sur les programmes. Et indépendamment du fait que nous
soyons ou non candidat, nous avons le devoir den proposer
un. Les élections sont une occasion historique de préciser
ces agendas. Et il est important dy soulever de nouvelles
questions pour que les étapes de développement de
lArménie soient de meilleure qualité. Si nous
ne réussissons pas dici un an et demi à formuler
les difficultés existantes et à obliger les candidats
à les prendre en compte nous aurons alors échoué
dans nos objectifs. Cest pourquoi je profiterai de toutes
les occasions pour inciter les citoyens à exiger des prétendants
aux postes de Présidents de réelles solutions aux
problèmes.
Propos recueillis par Vahé Ter Minassian (Envoyé spécial,
Erevan)
1 Les chefs de la diplomatie arménienne et azérie,
Vartan Oskanian et Elmar Mammadyarov se sont effectivement rencontrés
le 6 octobre dernier, à Moscou. Tandis quun autre entretien
devait être organisé les 24 et 25 octobre à
Paris.
Citation :
« Bien sûr, la corruption est une difficulté
en Arménie. Cest un obstacle sérieux aux relations
avec la diaspora ainsi quau développement rapide de
notre économie. »
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