Interviews
Vartan Oskanian, ministre des affaires étrangères d'Arménie Le chef de la diplomatie arménienne veut "renforcer ouverture économique et démocratie"
16 February 2007

Quelle différence voyez-vous entre les deux favoris de l'élection présidentielle du mardi 19 février, le premier ministre Serge Sarkissian et l'ancien président Levon Ter Petrossian ?

Je dirais surtout qu'il y a un candidat en tête, Serge Sarkissian, et d'autres, plus loin, qui se disputent la deuxième place en cas de second tour. Entre Serge Sarkissian et Levon Ter Petrossian, il existe une différence majeure. Le premier assurerait la poursuite de nos réussites économiques, de nos résultats en politique étrangère. Dans le cas de Levon Ter Petrossian, on n'a aucune certitude sur ce qu'il ferait. Sa plate-forme électorale n'indique rien sur la direction qu'il imprimerait au pays. Sa tactique consiste à conduire une campagne négative, une guerre psychologique, à en juger par ses critiques très violentes contre l'actuel président et le premier ministre.

L'opposition dénonce l'utilisation par M. Sarkissian des ressources administratives...

C'est en fonction de la loi qu'il faut juger, et éventuellement condamner, l'utilisation de ces ressources. Mais n'oublions pas, concernant les chaînes de télévision, que Serge Sarkissian apparaît souvent à l'antenne tout simplement parce qu'il gère les affaires du pays, en tant que premier ministre. C'est une chose banale. J'espère qu'il n'y aura pas de contestation dans la rue et que tout le monde va faire preuve de retenue, en mettant les intérêts du pays au premier rang. Nous avons gagné beaucoup de crédibilité dans la région, du point de vue de notre ouverture économique, de la démocratie. Nous voulons renforcer cela grâce à une bonne élection présidentielle et à une transition de qualité.

Vous êtes ministre des affaires étrangères de l'Arménie depuis 1998. Comment le pays a-t-il changé en dix ans ?

Nous nous sommes développés à un rythme accéléré, notre politique étrangère est devenue plus mature. Cela s'est fait de façon naturelle. En seize ans d'indépendance, nous avons pu tirer les leçons de nos erreurs, nous avons mieux compris le monde dans lequel nous sommes engagés.

A l'époque où nos prédécesseurs sont arrivés au pouvoir, en 1991, nous partions de zéro. Ce furent des années d'apprentissage. En 1998, à la suite de la démission du président de l'époque, Levon Ter Petrossian, les conditions ont été différentes. Nous avons analysé ce qu'il fallait modifier et ce qui restait à faire.

Levon Ter Petrossian s'était retiré de la présidence en raison de la question du Nagorny-Karabakh, qui continue d'opposer l'Arménie à l'Azerbaïdjan...

Le Karabakh était l'une des raisons, mais pas la seule, de sa démission. Le problème, c'est qu'il avait négocié un accord de règlement du conflit avec son équipe et qu'il avait décidé de le soumettre au jugement populaire. Il pensait alors qu'il était impossible d'obtenir davantage. Il n'y a pas eu de référendum ou de plébiscite, mais le fait que les dirigeants du Karabakh ont rejeté cette solution a suffi. Selon M. Ter Petrossian, la seule solution réaliste était d'accepter le retour à l'Azerbaïdjan des territoires contrôlés et de remettre à plus tard la question, pourtant centrale, du statut du Nagorny-Karabakh. Il continue de penser que cette approche est la bonne. Pourtant, nous lui avons démontré le contraire. Les négociations se poursuivent, sur la base du donnant-donnant, mais le document aujourd'hui sur la table apparaît déjà meilleur et plus acceptable. Il évoque la question du statut du Karabakh et codifie le droit de ses habitants à l'autodétermination.

L'Union européenne et les Etats-Unis peuvent-ils vous aider à sortir de l'impasse diplomatique avec la Turquie ?

Bien sûr, l'aide de tous est la bienvenue. On espérait que les Etats-Unis auraient de l'influence, mais ils n'ont rien obtenu pour l'instant. La Turquie a besoin de l'UE, elle veut y entrer. Or un des critères d'admission est le fait d'avoir des relations normales et des frontières ouvertes avec ses voisins.

L'UE a donc des moyens de pression conséquents. La question est de savoir si elle voudra les utiliser dans un futur proche, ou bien au terme du processus de négociations. Nous aimerions que ce soit le cas dès à présent, et que l'UE obtienne l'ouverture de notre frontière avec la Turquie. Nous souhaitons avoir des relations normales avec la Turquie, malgré nos différences passées et actuelles.

La question de la reconnaissance du génocide arménien de 1915 est toujours posée. Mais nous n'en avons jamais fait un préalable à l'établissement de relations normales. La balle est dans le camp de la Turquie.

Propos recueillis par Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 17.02.08

 

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